Saint Louis et notre temps
Publication originale : Novedades — Supplément dominical, 7 novembre 1948.
Auteur : LIC. OSCAR MÉNDEZ CERVANTES.
Thèmes : Foi et vie religieuse ; Histoire et monde hispanique ; Politique et société.
Par LIC. OSCAR MÉNDEZ CERVANTES
L’Histoire, maîtresse de la vie — comme le disait l’Ancien —, garde toujours ses enseignements actuels. Il nous plaît aujourd’hui d’en rappeler un à travers la figure, connue — quoique moins qu’elle ne devrait l’être —, de cet éminent modèle du Moyen Âge qu’est le roi de France : Louis IX, le Saint ; personnage vigoureux dont l’héroïsme dans toutes les vertus conduisit l’Église à l’élever sur les autels.
En lui, Dieu trouva son serviteur le plus fidèle ; la Chrétienté, son champion le plus intrépide ; le peuple français, son père le plus aimant.
Sa vie ascétique au milieu du faste du trône possède un je-ne-sais-quoi de cette splendide et virile religiosité hispanique. Héritage, sans doute, de sa mère espagnole exemplaire, doña Blanche de Castille, qui préférait voir mourir son fils plutôt que de le savoir coupable d’un péché mortel.
Son commandement des deux dernières croisades contre l’islam fait de lui le miroir de la chevalerie chrétienne. Il donna ainsi à son temps une leçon dont le nôtre peut et doit tirer profit, et dans laquelle réside précisément la plus grande actualité de sa figure de sage politique : éviter les guerres entre chrétiens et opposer son épée et sa bravoure aux ennemis de l’Europe et de notre civilisation. De cette manière, ce que nous appellerions aujourd’hui sa politique internationale remplit une très précieuse fonction de conciliation, qui rendit d’inestimables services à la paix européenne. Ainsi intervint-il dans les différends qui opposaient alors le Pape et l’Empereur, ou la Couronne anglaise et les seigneurs de ce royaume. Il parvint en outre à conclure une bonne paix avec cet État, ainsi qu’avec celui d’Aragon. Ces actes — les plus importants — et tous les autres de son action politique extérieure suivirent toujours les mêmes voies : non pas pacifistes — terme trompeur et indésirable —, mais pacificatrices.
C’est qu’en chrétien, il exerçait sa vertu de charité dans la tâche fondamentale d’affermir la paix entre des peuples unis comme des frères — et qui le demeurent encore aujourd’hui — par le tronc d’une même culture mère. À ce seul titre, saint Louis mérite la gratitude de nos contemporains et une glorification dans le bronze et le marbre, mais surtout dans l’or d’actes présents qui imitent ses actes admirables, de la part d’une organisation mondiale désireuse de défendre sincèrement le grand bien qu’est la paix ; en recherchant pour celle-ci, avant les garanties matérielles, des garanties d’ordre moral. Louis put être un artisan de paix parce qu’on le savait juste, vertueux, embrasé du feu de la charité.
Si sa politique internationale est exemplaire, sa politique intérieure ne l’est pas moins, et n’a pas moins à enseigner à notre époque. Quel extraordinaire modèle pour les gouvernants que ce monarque si jaloux des prérogatives de son autorité, et si détaché de tout ce qui pouvait concerner exclusivement sa personne ! Son gouvernement, qui accomplit le bien par la justice et l’amour du peuple, lui vaut un titre éminent à être proclamé champion de la liberté et de l’élévation des humbles, auxquels il témoigna toujours plus de sollicitude qu’aux puissants. Le chêne historique de Vincennes, à l’ombre duquel chacun pouvait trouver refuge, et sous lequel il rendit à ses sujets de toute condition et de toute fortune des décisions où la justice du juge s’alliait à l’équité du préteur et à la caresse du père, est entré dans l’Histoire comme un illustre symbole de liberté authentique.
Pourtant, ce roi bienveillant et saint — et précisément parce qu’il était tel — était aussi éloigné qu’on peut l’imaginer des pacifistes professionnels que nous subissons aujourd’hui. L’un de ses contemporains disait de lui, au combat : « Jamais je ne vis si bel homme en armes ; sa tête dépassait celle de tous ses hommes. » Et nous conservons de lui une maxime d’or, dont l’oubli, en nos années, a causé bien des désastres à la cause du Bien : « Le laïc, lorsqu’il entend médire de la foi chrétienne, ne doit la défendre autrement que par l’épée, qu’il doit enfoncer dans le ventre aussi loin qu’elle peut y entrer. »
Paroles inestimables, qui rappellent leur véritable devoir à ceux qui transigent avec les puissances du mal, dans l’âpre affrontement des forces dont nous sommes aujourd’hui témoins, à l’échelle nationale comme mondiale.

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